“J’ai failli tout arrêter trois fois” – Le parcours de Lena Valfort, freelance depuis 7 ans

Freelance qui se fait interviewer concernant son expérience

Elle s’appelle Lena Valfort, elle est consultante en communication éditoriale, et elle travaille à son compte depuis 2018. Mais loin des success stories glamour qu’on voit fleurir sur LinkedIn, Lena raconte une trajectoire en dents de scie, faite de prises de conscience, d’épuisement, de remises en question, et de reconstructions.

Un parcours vrai, humain, qui illustre ce que vivent de nombreux freelances aujourd’hui : une liberté précieuse mais fragile, qui se travaille, s’ajuste, se protège.

“J’ai commencé sans savoir où j’allais”

Lena a 34 ans aujourd’hui. Quand elle quitte son poste de chef de projet en agence parisienne à l’été 2018, elle ne l’appelle pas “un choix stratégique”, mais “une fuite”.

“J’étais à bout. Burn-out masqué. L’impression d’être dans un tunnel sans fin. Je n’avais pas de plan B. Juste l’intuition qu’il fallait que je parte avant de m’éteindre complètement.”

Elle ne se lance pas dans le freelancing par envie d’entreprendre, mais par besoin d’air. Pendant les premiers mois, elle bricole : rédaction SEO pour des plateformes, community management mal payé, mission ponctuelle de relecture pour une ONG. Elle accepte tout, et surtout n’importe quoi.

“Je n’osais pas dire non. Je pensais que si je refusais une mission, on ne me rappellerait jamais. Je bossais 7 jours sur 7. Pour 1 200 € net par mois.”

“J’ai touché le fond en silence”

Un an après s’être lancée, Lena sent que quelque chose ne va plus. Elle travaille tout le temps, mais se sent vide. Elle enchaîne les missions alimentaires, sans plaisir, sans reconnaissance. Et surtout : sans répit.

“Je me suis retrouvée à bosser sur un brief client un 24 décembre à 23h, dans la cuisine de mes parents. J’ai fermé l’ordi et je me suis dit : ok, stop. Là je suis en train de me perdre.”

Elle envisage de revenir en entreprise. Elle met son CV à jour. Elle passe même un entretien. Mais quelque chose résiste en elle.

“Je n’avais pas quitté un modèle pour y revenir par dépit. Alors j’ai décidé d’essayer autrement.”

“J’ai changé ma manière de travailler”

C’est à ce moment-là que Lena amorce un virage. Elle commence par repenser son positionnement : fini les missions fourre-tout, elle se recentre sur ce qu’elle sait faire — stratégie éditoriale, storytelling, rédaction à forte valeur ajoutée.

“J’ai augmenté mes tarifs. J’ai viré les clients toxiques. Et j’ai commencé à dire non.”

Elle investit aussi dans sa propre montée en compétences : formation à la conception-rédaction, workshop sur la gestion de projet, coaching mindset. Elle découvre Notion, s’équipe de vrais outils, structure son activité.

“Ça m’a donné une sensation de puissance. Pas de contrôle absolu, mais de maîtrise. Et ça change tout.”

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Le syndrome de l’imposteur m’a laminée

En 2021, après la vague d’euphorie post-repositionnement, Lena traverse une nouvelle crise. Elle se compare. Tout le temps. À tout le monde.

“Sur LinkedIn, je voyais des freelances qui annonçaient 10k/mois, qui lançaient des bootcamps, qui montaient leur équipe. Moi je galérais à envoyer un devis.”

Elle doute. De tout. De ses prix. De son expertise. De son utilité.

“J’ai recommencé à faire de la micro-gestion de projets pour me rassurer. À dire oui à trop de choses.”

Elle en parle autour d’elle. Peu osent dire qu’ils traversent les mêmes phases. Alors elle écrit un post. Sans filtre. Il est massivement partagé.

“J’ai reçu des dizaines de messages de freelances qui se sentaient exactement comme moi. C’est là que j’ai compris qu’on avait besoin d’espaces de parole.”

“Je me suis entourée”

Début 2022, Lena décide de ne plus travailler seule. Elle rejoint un collectif de freelances dans le secteur de la communication engagée. Elle y trouve du soutien, de la stimulation, de la complémentarité.

“On bosse ensemble sur des projets à plusieurs mains. On se relit. On se recommande. Et surtout : on ne se juge pas.”

Elle commence aussi à animer des ateliers pour d’autres indépendants. À transmettre ce qu’elle aurait aimé recevoir. Petit à petit, elle reconstruit un modèle plus doux. Plus solide.

“J’ai compris que je n’avais pas besoin d’être une entreprise, ni une marque. Juste une humaine qui bosse bien et qui se respecte.”

“Aujourd’hui, je travaille moins… et je vis mieux”

En 2025, Lena vit à Toulouse. Elle travaille 4 jours par semaine, pour une poignée de clients réguliers. Elle gagne bien sa vie, sans travailler le soir ni le week-end. Elle prend des vraies vacances. Elle ne culpabilise plus de lever le pied.

“Je dis non sans trembler. Je sais ce que je vaux. Et surtout : je sais ce que je ne veux plus.”

Elle lit encore les posts “1M€ en solo” sur LinkedIn. Mais elle ne les envie plus. Elle sait ce qu’elle a construit : un équilibre sur mesure, une stabilité choisie, une relation apaisée au travail.

Le mot de la fin

“Ce que je retiens après 7 ans de freelance, c’est que la réussite ne ressemble à rien de ce qu’on voit sur les réseaux. Ce n’est pas un chiffre. C’est un état de paix avec toi-même.”

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